PUBLICITÉS A LA UNE
PUBLICITÉS A LA UNE
PUBLICITÉS A LA UNE

Le propos liminaire puant de l’OPAM contre la HAC

Le propos liminaire puant de l’OPAM contre la HAC

Lors d’une conférence de presse animée ce mardi au siège de la structure à Libreville, le président de l’Organisation patronale des médias (OPAM), organisation d’autorégulation de la presse gabonaise, Guy Pierre Biteghé, a condamné avec véhémence les agissements de la Haute autorité de la communication (HAC) qui serait devenue un bourreau pour les journalistes et médias gabonais. Voici l’intégralité du propos liminaire.     

Conférence de presse de l’OPAM

Suite à la suspension de Gabonreview et du correspondant de RFI Yves Laurent Ngoma.


Dans un communiqué récent nous, OPAM, qui regroupe les patrons des entreprises éditrices, avons dénoncé les récentes mesures prises par la Haute autorité de la communication (HAC) à l’endroit de Gabonreview et du représentant de Radio France Internationale (RFI), Yves Laurent Goma.

Nos deux confrères ont été suspendus lors de la dernière plénière tenue le 22 août 2019. Ce qui rallonge la liste des suspensions infligées aux entreprises de presse, journalistes, partis politiques et syndicats par cet organe devenu non pas régulateur des médias, objet dont on l’affuble au plan légal, mais « bourreau des médias » et de la liberté d’expression.

L’OPAM s’interroge. Pour quels motifs ? Gabonreview est accusé, selon la HAC, d’avoir diffamé le prétendu régulateur des médias dans un article intitulé : « Respect de la suspension de nos services : contre carriérisme, la finesse ». Quant au correspondant de RFI au Gabon, ce dernier a commis un crime de lèse-majesté pour avoir relaté avec exactitude sur les ondes de la radio qu’il représente ici que « le Président de la République ne s’était à aucun moment levé comme autrefois pour saluer les troupes de l’armée » au moment de la parade militaire du 17 août dernier.

La HAC s’en saisira pour aligner une batterie d’arguments sortis tout droit d’un lexique bien tenu. Pour le « bourreau des médias » il ne s’agit ni plus ni moins que d’« insinuations malveillantes, information non exacte, distraction du peuple, pamphlet, recherche du sensationnel etc ».

Mesdames et Messieurs,

Chers concitoyens,

Alors que la loi n°019/2016 du 09 août 2016, portant Code de la Communication en République Gabonaise, prévoit d’autres mesures en cas de faute professionnelle aux termes de son article 12 alinéa premier qui dispose que « Tout professionnel de la communication est tenu de diffuser gratuitement, dans un délai de 48 heures, un droit de réponse ou de rectification, dans les conditions techniques et d’audiences équivalentes à celles du contenu mis en cause » , la HAC opte systématiquement pour la suspension. Un choix qui obère le chiffre d’affaires mensuel des entreprises éditrices, distributrices et des imprimeries. Force est de constater que depuis sa création en 2018, « le bourreau des médias » s’est illustré dans les suspensions entreprises éditrices de presse pour des durées allant d’un mois à six.

Ces sanctions extrêmes qui violent les principes et règles fondamentaux du Code de la Communication prévues aux articles 3 et suivants, notamment l’article 11 qui dispose que « toute censure en matière de communication, en dehors des cas prévus par la loi constitue une violation des droits de l’Homme », exposent aujourd’hui de nombreuses entreprises du secteur de la communication aux tensions de trésoreries, pire, à la cessation de paiement qui de facto conduit à mettre simplement la clé sous le paillasson et des Gabonaises et des Gabonais au chômage. Cela n’a que trop duré.

Mesdames et Messieurs,

Chers concitoyens,

A son actif, la HAC totalise plus de 30 décisions de suspension des entreprises éditrices de presse et de journalistes. Pour une institution venue apaiser le climat social au sein de ce secteur économique fragilisé par la crise économique, la HAC s’est plutôt illustrée négativement en violation de l’article 19 de la Déclaration des Droits de l’Homme où il est mentionné (je cite) : « Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions ».

Ainsi donc, la HAC, loin de respecter ce principe à valeur constitutionnel, érigé en pilier de l’Etat de droit par la Cour constitutionnelle, s’est plutôt illustrée en « bourreau des médias » n’hésitant pas à fermer les entreprises de communication. Où est le rôle de régulateur dans cette frénésie de la suspension ?

L’image que la HAC renvoie est celle d’une institution autoritariste dont le but est de régler des comptes à ceux qui font valoir leur liberté de ton, optent pour une voix discordante ou encore décident de sortir du « mainstream », ce courant qui abhorre la pensée libre. En cette occurrence, nos deux confrères Gabonreview et Yves Laurent Goma, n’ont eu, pour seul tort que d’affirmer leur indépendance de vue sur des situations que la pensée uniforme tentait d’imposer à tous.

A titre d’information, l’article 1 du titre 2, De l’atteinte à la liberté d’expression issu de la Déclaration de principes sur la Liberté d’expression en Afrique dont le Gabon est signataire dispose que :  «  aucun individu ne doit faire l’objet d’une ingérence arbitraire à sa liberté d’expression ». A l’alinéa 2 d’ajouter « Toute restriction à la liberté d’expression doit être imposée par la Loi, servir un objectif légitime et être nécessaire dans une société démocratique », sauf qu’à imposer un journalisme dont le moindre usage de la liberté d’expression entraine la sanction systématique semble tomber sous le sens de la logique antidémocratique.

Après les suspensions successives d’Echos du Nord dont les conséquences ont été des mises en congés techniques de plusieurs collaborateurs, celles de La  Loupe, L’Aube et Moutouki dont le personnel est passé de 16 à 3, celle d’une trentaine de médias en ligne pour des raisons administratives, s’en est suivie celle de Gabon Media Time dont la dizaine de collaborateurs ne pourra pas percevoir leur salaire mensuel à date échue. Récemment, deux suspensions de Gabonreview en l’espace de deux mois, expose à la précarité 8 journalistes, des pères et mères de familles qui seront privés eux aussi de salaires un mois avant la rentrée des classes. Le journaliste correspondant de RFI, Yves Laurent Goma à lui aussi fait l’objet d’une suspension et donc exposé aux mêmes conséquences. En plus du risque économique et social, l’OPAM s’inquiète d’une disparition imminente de l’espace médiatique des entreprises de presse libres.

Nous n’attendrons pas un bon samaritain qui sortirait des nuées et qui viendrait mettre un terme à la soif d’extinction des entreprise éditrices de presse qui anime la HAC pour alerter l’opinion et les pouvoirs publique sur les dérives de cet organe censé être un régulateur.

Mesdames et Messieurs,

Chers concitoyens,

L’Organisation patronale des Médias (OPAM) rappelle à nouveau ici que plusieurs domaines d’activité au Gabon font l’objet d’une régulation, à savoir les télécommunications par l’ARCEP, les transports terrestres par la Direction générale des transports terrestres, l’aviation civile par l’ANAC, le transport ferroviaire par l’ARTF, le transport maritime par la Direction générale de la marine marchande, ainsi que la commercialisation des produits de consommation par la Direction générale de la concurrence et de la consommation, le secteur bancaire par la COBAC, pour ne citer que ceux-là. Ces organes étatiques et communautaires de régulation n’optent pourtant pas dans la fermeture des entreprises du secteur dont ils sont régulateurs, quand bien même des accidents avec perte en vie humaine surviennent.

L’OPAM condamne vertement, la mise à mort des entreprises éditrice de presse et de la liberté d’opinion au Gabon par la Haute Autorité de la Communication. Par ailleurs, au-delà de la simple mise en garde au président de cette institution, Monsieur Raphaël NTOUTOUME NKOGHE, nous exigeons aujourd’hui son départ de la tête de cette institution, car il ne réunit pas les conditions et les exigences requises à ce niveau de responsabilité. Pour lui, c’est un jeu que d’user de l’article 55 de l’ordonnance créant la HAC aux termes duquel, il se dispense de convoquer l’organe de presse ou encore le journaliste à une plénière pour décider d’une mesure à infliger à tel ou tel organe de presse d’une part; et d’autre part, à tel ou tel homme de presse. La loi ne peut servir le bien commun lorsqu’un individu, de par son fait, se retrouve avec tant de pouvoirs. Encore faut-il l’assumer avec bienveillance et en faire usage avec parcimonie. Mieux, cette disposition qui entrave les droits de la défense viole en tous sens la Déclaration Universelle des droits de l’Homme par le truchement de son article 10 précise que  « Toute personne a droit, en pleine égalité, à ce que sa cause soit entendue équitablement et publiquement par un tribunal indépendant et impartial, qui décidera, soit de ses droits et obligations, soit du bien-fondé de toute accusation... ».

Les agissements de Monsieur Raphaël NTOUTOUME NKOGHE, au-delà de plomber le vivre ensemble, vu qu’ils affectent gravement le fonctionnement de notre démocratie, ont tout aussi des conséquences économiques et sociales néfastes tant localement qu’à l’international pour ce qui est du climat des affaires. Depuis la création de la HAC, en seulement un an, le Gabon a perdu 7 places dans le classement de Reporters sans frontières (RSF), passant de la 107 place à la 115 sur 180. C’est là, une preuve manifeste de la folie restrictive de la liberté d’expression dont la HAC s’est faite le porte flambeau.

En plus de cela, le président de la HAC et son collège de conseillers membres ont une attitude sélective dans sa façon de réguler où l’on constate que des personnalités du pays violent de façon délibérée l’article 15 de la loi n°019/2016 du 09 août 2016, portant Code de la Communication en République Gabonaise, interdisant que l’on occupe des fonctions étatiques dans certains corps constitués et au gouvernement et être propriétaire d’un média. Cette violation de la loi ne dérange guère le « bourreau des médias ».

L’OPAM de par cette exigence, saisit l’occasion pour lancer un appel aux élus nationaux qui ont ratifié l’ordonnance créant la HAC en faisant fi des risques liés à la violation de la liberté de la presse. Elle exige donc, la réforme aussi bien de la HAC que du Code de la communication qui, aujourd’hui, sont devenus des outils aux mains d’un groupe de personnes, et principalement de son président qui s’en servent pour des règlements de compte au mépris des intérêts économiques des entreprises de presse et des Gabonaises et Gabonais qui y sont employés.

« La liberté de tout dire n’a d’ennemis que ceux qui veulent se réserver la liberté de tout faire. Quand il est permis de tout dire, la vérité parle d’elle-même et son triomphe est assuré » disait Jean Paul Marat. Nous rêvons d’un pays qui avance, nous ne rêvons pas d’un pays qui va à rebours des évolutions pour se replonger à l’ère des premiers « fourrageurs ». C’est pourquoi, par cette déclaration nous interpellons l’opinion nationale et internationale sur la nécessité d’un arbitrage objectif dans la résolution des différends opposant la HAC aux entreprises de presse, deux organes qui sont censés matérialiser le respect de la liberté d’expression, œuvrer pour la stabilité du secteur et renforcer l’Etat de droit.

Fait à Libreville, le 27 Août 2019

Guy Pierre Biteghe

Président de l’OPAM

Suivez nous et Liker notre site
error

À propos de l'auteur

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

RSS
Follow by Email
Facebook
Twitter