PUBLICITÉS A LA UNE
PUBLICITÉS A LA UNE
PUBLICITÉS A LA UNE

Hommage au journaliste Tchadien Ngarsadjim Ngamnadji, professionnel hors paire

Hommage au journaliste Tchadien Ngarsadjim Ngamnadji, professionnel hors paire

L’immense plaisir lors de notre dernière rencontre en octobre dernier à Ndjaména ©  Gabonactu.com

Libreville, 21 janvier (Gabonactu.com) – Ngarsadjim Ngamnadji, ancien Rédacteur en chef et ancien Chef des programmes de la télévision nationale tchadienne est décédé le 18 janvier 2019 dans sa ville de Ndjaména. Gabonactu.com rend hommage à cet ami de très longue date qui participa à la réflexion sur la création de ce média en ligne dont le titre original était Gabon Page.

 

L’onde de choc continue à bourdonner dans mes oreilles au point où pleurer ne suffit pas pour soulager ma lourde peine. Notre histoire a débuté à Brazzaville au Plateaux des 15 ans, notre quartier commun. A l’université, nos rencontres étaient furtives. Nos relations sont devenues fusionnelles à la Radio télévision congolaise (RTC) où nos destins de reporters se sont scellés.  Nous marchions ensembles tous les matins des Plateaux des 15 ans à la maison de la télévision à Bacongo, sans nous plaindre de la distance. En chemin, tu ne cessais de mâcher une cola ce qui me faisait marrer.

Notre jeunesse, notre enthousiasme et notre rage de bien faire a rapidement fait de nous des pépites de la télévision nationale du Congo. Là-bas, tu as choisi le pseudonyme de Djim Ben Nadji parce que, me disais-tu, les congolais avaient du mal à prononcer ton nom. Nous avions trop de succès à l’époque. Nous attirions l’attention de tous nos chefs. Des jeunes filles aussi car nous étions jeunes et intelligents.

Ngarsadjim et moi © Gabonactu.com

Malgré le succès, tu n’arrêtais pas de me parler de ton pays. Tu me faisais lire des tirages en noir et blanc des journaux tchadiens qui annonçaient le début imminent de l’exploitation pétrolière dans ton pays. Tu connaissais mon opinion sur le pétrole en Afrique centrale : une source de mal et de malheur pour les peuples. Tu étais convaincu que le Tchad sera une exception grâce au puissant accompagnement de la Banque mondiale.

Finalement tu es rentré au Tchad et moi au Gabon. Les années se sont écoulées sans communication. Un jour par petit miracle, le fil a été rétabli et tu m’annonçais avec bonheur que tu étais devenu Rédacteur en chef de Télé Tchad. Puis directeur de la Communication à la Mairie centrale de Ndjaména.

En 2015, je débarque à Ndjamena à l’hôtel du Sahel où tu venais me chercher sur ta moto pour me balader dans ta ville. Je suffoquais de chaleur mais j’étais ivre de bonheur de partager nos souvenirs :  les week-ends à la plage des cataractes en face de Kinshasa, les brimades de nos maîtres de stage à la télévision nationale du Congo, bref on refaisait l’histoire de notre jeunesse à Brazza la verte. Je garde pour moi nos mots de passe en munukutuba ou en lingala.

Octobre 2018. Je débarque à nouveau à Ndjaména. J’ai toute la peine du monde à te contacter, les réseaux sociaux notre lien étant compliqué dans ton pays. Une responsable Télé Tchad arrivée à mon hôtel pour un reportage a établi le contact. Le rendez-vous est pris, le lendemain matin à 9 heures, tu étais à la réception. Je suis descendu te chercher. J’ai réalisé que tu souffrais. Tu me l’as dit. J’ai tout de suite oublié ma mission pour passer plus de temps avec toi.

Au commande de ta moto, tu m’as encore traîné dans ta ville, Ndjaména que tu chérissais et aimais tant. Tu m’as parlé de ta petite famille, de ta reconversion au christianisme, de ta joie d’avoir construit une maison pour la sécurité de la famille, de ta joie d’avoir transmis tes connaissances à beaucoup des jeunes de la télévision nationale.

Ngarsadjim Ngamnadji souhaitait quitter très rapidement cette moto pour une voiture climatisée © Gabonactu.com

Nous avons terminé la journée au marché. On a acheté le « clichy » ou la viande séchée. Les criquets. La viande boucanée et nous nous sommes séparés avec la promesse de nous revoir car on s’est dit qu’après l’actuelle génération, celle qui arrivera au pouvoir sera la notre : nous les cinquantenaires. « Ils feront forcément avec notre expertise », avais-tu conclu promettant d’acheter un nouveau téléphone androïde pour te remettre sur les réseaux sociaux.

 

Le 26 novembre 2018. La connexion est rétablie. Tu m’as partagé les photos de ta famille. Et on a eu un appel via Facebook. Tu as invité mon épouse à venir à Ndjaména. J’ai parlé à tes enfants. Tu m’assurais que tu avais recouvré ta santé grâce à un régime alimentaire saint. Je ne savais pas que c’était un adieu. L’ami de Ndjamena. Le congolais de Ndjaména. Mon pape de Ndjaména. Adieu ! Ton passage sur terre n’a pas été médiocre. Que la terre te soit légère !

Yves Laurent GOMA

Partagez à votre réseau d'amis
0

À propos de l'auteur

Sur le même sujet

1 Commentaire

  1. Patrice Bayeba Ngogo

    « Mors certa, hora mortis incerta »(La mort est certaine, mais l’heure de la mort est incertaine).

    Yves Laurent, cher ami, admirable confrère,
    Je saisis ta peine, je compatis à ta douleur, et je partage ton afliction. Mais je ne saurai, malgrê moi, m’empëcher de savourer la finesse de cette oraison funèbre, rendue vraiment en Français de Voltsire, que dis-je, de Bossuet. Cet éloge vaut une épitaphe. Paix à son âme !

    Reply

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

RSS
Follow by Email
Facebook
Google+
http://www.gabonactu.com/hommage-journaliste-tchadien-ngarsadjim-ngamnadji-professionnel-paire">
Twitter