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Canonnade fratricide entre la SEEG et l’Etat gabonais

Canonnade fratricide entre la SEEG et l’Etat gabonais
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Le ciel n’est pas du tout bleu entre la SEEG et l’Etat gabonais @ DR

Libreville, Gabon (Gabonactu.com) – L’Etat gabonais et son partenaire la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG, filial de la multinationale française Véolia) se livrent à une pitoyable canonnade par voie de presse, l’un accusant l’autre de mauvaise foi alors que l’opérateur économique réclame désespérément ses milliards de FCFA de dette.

 

La guerre a été déclenchée par le nouveau Directeur général de la SEEG, Antoine Boo. Certainement excédé de conserver un secret de polichinelle souvent claironné par le staff de son entreprise à qui veut l’entendre, M. Boo arrivé à bout de souffle s’est livré au quotidien gouvernemental L’union pour tirer un coup de canon fatal contre l’Etat.

 

«Aujourd’hui nous avons des créances très importantes, qui n’ont pas été recouvrées et qui mettent l’entreprise en difficulté», s’est lamenté Antoine Boo.

 

«Nous avons 45 milliards de francs CFA de dettes reconnues par l’Etat. En plus, l’Etat nous doit aussi 20 milliards de crédit de la Taxe sur la valeur ajoutée (TVA) ce qui fait 65 milliards de francs au total. Les créances des particuliers s’élèvent quant à elles à 60 milliards», a dévoilé le patron de la société chargée de fournir l’eau et l’électricité aux gabonais.

 

«Nous ne connaissons pas la réaction de nos fournisseurs, nous avons suspendu cette année nos investissements nouveaux sachant que la SEEG investit 20 milliards  FCFA par an. Depuis le début de notre contrat il y a 19 ans, nous avons investi près 380 milliards. Nous sommes obligés d’arrêter les investissements car on n’a plus d’argent dans les caisses», a-t-il avoué avant d’inviter les autorités à trouver une solution urgente. Car, a-t-il alerté : «Si cette situation d’impayés perdure, on ne pourra plus assurer la fourniture d’eau et d’électricité 24h/24h. Car il va falloir mettre du combustible, qui coute excessivement cher dans les centrales thermiques».

 

«Si on n’a plus de capacité de mettre du combustible dans nos centrales, elles ne pourront plus tourner comme il se doit. On fera donc des délestages et les populations seront pénalisées tout comme l’administration. Nous devons trouver une solution adéquate rapidement», a urgé M. Boo récemment arrivé à ce poste.

 

La riposte à cette vague de missiles « sol-air » ne s’est pas fait attendre. Guy Bertrand Mapangou, le ministre de tutelle a expédié à la presse un communiqué fumant. Une patate très chaude dans les mains du groupe français dont l’un des dirigeants est devenu le patron Afrique MEDEF, le puissant cercle des industriels français.

 

« Le Gouvernement de la République Gabonaise a pris connaissance de l’interview du Directeur Général de la SEEG, paru dans le quotidien L’Union du 20 décembre 2016. Dans cet article la SEEG indique un niveau d’impayés de l’Etat de l’ordre de 65 milliards de francs CFA et de des arriérés des particuliers de 60 milliards de francs CFA. Cette situation serait la cause d’une crise que traverserait la SEEG et il serait envisageable que cette dernière mette la clé à la porte. Cette intervention a par la suite été relayée dans les médias internationaux », fait constater le ministre de l’eau et de l’énergie au Gabon.

Le Directeur général de la SEEG, Antoine Boo, l'auteur de la déclaration de guerre @ DR
Le Directeur général de la SEEG, Antoine Boo, l’auteur de la déclaration de guerre @ DR

« Le Gouvernement marque tout son étonnement quant au nouveau mode de communication de la SEEG qui est un partenaire de l’Etat depuis bientôt vingt ans. Depuis la signature du Contrat entre les deux parties, les discussions se font dans un cadre établi contractuellement. Et cela n’a souffert jusqu’à présent d’aucune contestation des parties », dit-il sans nier l’existence de cette dette.

 

Le communiqué du gouvernement reprend à la lettre tous les points négatifs que les consommateurs et la société civile gabonaise ont toujours dénoncés à propos des piètres services et surtout de la tarification hasardeuse qui gonfle le chiffre d’affaires de la multinationale française.

 

« La mauvaise fourniture de la de l’eau et de l’électricité notamment en terme de continuité sur toute l’étendue concédée à la SEEG : la vétusté de nombreux ouvrages de production, de transport et de distribution de l’eau et de l’électricité ; la mauvaise qualité de l’accueil des usagers dans les différentes agences de la SEEG ; un logiciel de gestion de la clientèle qui ne satisfait nullement les clients qui se retrouvent avec des factures dont le montant évolue en dent de scie et toujours à la hausse ; etc. », a relevé le ministre Mapangou alors que le gouvernement a souvent fait la sourde oreille sur les lamentations des consommateurs désormais résignés à subir la loi de la SEEG.

 

« Toutes ces insuffisances qui sont naturellement connues par la tutelle de la SEEG, sont examinées par les services techniques du Ministère de l’Eau et de l’Energie, de la Société de Patrimoine du secteur, de l’Agence de Régulation du secteur et de la SEEG dans un cadre défini contractuellement, sans que les divergences ne soient portées à l’attention de l’opinion nationale et internationale », avoue le ministre.

 

Guy Bertrand Mapangou, tirant le drap de son côté, a livré une longue listes d’investissements qui ont sauvé la SEEG d’une vindicte populaire si jamais la capacité de fourniture d’eau et d’électricité n’a pas été considérablement augmentée.

 

Ces investissements concernent « la centrale à gaz d’Alénakiri ; la nouvelle centrale à gaz de Port-Gentil, qui fournit déjà près de 15 mW dans le réseau public ; les travaux réalisés en milieu rural dans le domaine de la production et de la distribution d’eau potable et d’électricité ; les travaux de la canalisation DN 1000 entre PK9 et le PK6 ; les travaux de la canalisation DN 1000 entre PK6 et le Camp de Gaulle ; les travaux du réservoir du PK9 de 7.5000 m3 ; les travaux de la canalisation DN 1200 entre Ntoum et Libreville ; les travaux de sécurisation du réseau de transport d’énergie de Libreville ; etc. »

 

« Toutes ces actions ont été menées en concertation entre l’Etat et l’actionnaire majoritaire de la SEEG (Véolia) sans que cela ne remette en cause le partenariat en cours, les parties ayant toujours pour objectif principal la préservation du service public », fait remarquer le ministre.

Le ministre gabonais de l'énergie, Guy Bertrand Mapangou a riposté à l'arme lourde @ DR
Le ministre gabonais de l’énergie, Guy Bertrand Mapangou a riposté à l’arme lourde @ DR

Guy Bertrand Mapangou pointe ensuite là où ca fait très mal du côté de la SEEG : « à quelques mois du terme du contrat en cours, alors que toutes les parties sont en négociation et examinent l’ensemble des problématiques relatifs à la délégation du service public d’eau et d’électricité, et donc de la dette de l’Etat vis-à-vis de la SEEG, l’Etat ne perçoit pas l’opportunité de l’interview du Directeur Général de la SEEG à L’Union ».

 

« Cet article remettrait elle en cause le Protocole d’Accord portant sur les négociations signées par la SEEG et l’Etat, alors que nous sommes en passe d’aboutir à des solutions satisfaisantes et pérennes ? », s’interroge le ministre visiblement en colère de la violation de la loi de l’omerta par M. Boo.

 

« Quel est l’objectif poursuivi par le Directeur Général de la SEEG en cette période postélectorale marquée par des incertitudes économiques liées à la conjoncture internationale ? », ajoute-t-il laissant également des soupçons de calcul politique de la part du patron de la SEEG.

 

Pour finir, le ministre Mapangou balance un engin à explosion tardive dans les jardins de la SEEG : « le Gouvernement prendra ses responsabilités et exigera des précisions du Groupe Veolia suite à la déclaration du Directeur Général de la SEEG ».

 

Le contrat de 20 ans de concession signé en 1997 entre l’Etat gabonais et la SEEG  prend fin l’année prochaine. Le carnet de chèques et la signature sont entre les mains de Guy Bertrand Mapangou, représentant officiel de l’Etat gabonais dans ce dossier hautement politique.

Daniel Etienne

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