C’est à la justice de réparer l’honneur de Mme Nyonda souillé par Jonas Moulenda (Me François Pudowski)

Me François Pudowski, avocat de Mme Yolande Nyonda après l’audience du 17 juin 2016 à Libreville @ Gabonactu.com

Libreville, Gabon (Gabonactu.com) – Inscrit au barreau de Paris, François Pudowski est parti expressément du bord de la Seine pour Libreville dans l’optique de défendre, aux côtés des trois avocats locaux, Yolande Nyonda dans l’affaire qui l’oppose au journal «Faits Divers» et le journaliste Jonas Moulenda, auteur d’un article diffamatoire intitulé «Yolande Nyonda citée comme commanditaire d’un crime rituel à Fougamou». A l’issu du procès, Me François Pudowski pense que c’est à la justice de réparer l’honneur de Mme Nyonda souillé par Jonas Moulenda. Voici l’intégralité de  l’interview accordée à notre rédaction.

 

Gabonactu. com : Sur quoi aviez-vous fondé votre plaidoirie ?

François Pudowski  Ma plaidoirie est fondée sur le fait que le journaliste a un devoir de responsabilité et que la liberté de la presse doit s’exercer au profit du public, le devoir du journaliste c’est d’informer loyalement et objectivement le public, et qu’à partir du moment où une enquête démarre, on ne peut pas savoir, lorsqu’il y a une instruction derrière, les tenants et les aboutissants d’une affaire.

L’impartialité à laquelle est tenu le journaliste suppose qu’il mène une enquête approfondie, ce qui n’a pas été le cas pour le journal Fait Divers. C’est très choquant, de jeter en pâture une femme qui est parfaitement honorable, qui est mère de famille, qui fait honneur au Gabon et voit son honneur bafoué de cette manière. Beaucoup des gens se disent que si c’est dans le journal, ce que c’est vrai par rapport au respect qu’on donne à la presse. Et c’est par rapport à ce respect dont bénéficie la presse que le journaliste a la responsabilité. Il doit savoir que le ton de la justice n’est pas le ton médiatique.

Gabonactu. Com : Quel commentaire faites-vous à propos du procès-verbal fourni à l’audience par l’avocat de la défense ?

J’étais très surpris de voir un procès-verbal de gendarmerie non signé ni par le gendarme qui aurait recueilli la déposition, ni signé par la personne qui met Mme Nyonda en cause. Un procès-verbal non signé, moi j’avoue que depuis quarante (40) ans que je suis avocat, je n’ai jamais vu ça. Donc, comment le journaliste a pu avoir un procès-verbal non signé, soit c’est un faux, ce qui est une possibilité, soit c’est un vrai, dans ce cas cela veut dire qu’il y a eu violation du secret de l’enquête. Encore, un procès-verbal non signé, ce n’est pas la vérité judiciaire. Une fois que quelqu’un a été entendu par la police, il peut revenir sur ses déclarations devant le juge d’instruction, voilà ce qui s’est passé en l’espèce. Mme Nyonda a d’ailleurs été entendu par le juge d’instruction et si elle avait quelque chose à se reprocher, le juge d’instruction l’aurait inculpée. Mais, il l’a laissé repartir, elle n’avait même pas d’avocat avec elle, elle a été entendue seule. Le juge et le procureur ont estimé qu’elle n’avait rien à se reprocher.

Gabonactu. com : A vous entendre parler, êtes-vous confiant pour l’avenir du procès c’est-à-dire un jugement rendu en votre faveur ?

Normalement, le procureur a demandé la condamnation du journaliste. Et pourtant, il est indépendant. Le procureur a considéré que le journaliste n’a pas fait son travail objectivement. Au vu du débat, après avoir entendu tout le monde, le procureur a considéré qu’il y avait matière à condamnation, il a demandé une peine de prison de six mois avec sursis avec 500 000 FCFA d’amende et l’accès à la demande des avocats de la plaignante initiatrice de la citation directe. Ce qui est sévère pour le journaliste à partir du moment où la liberté de la presse doit être respectée.

Gabonactu. Com : Et vous demandez 50 millions de dommages ?

50 millions ce n’est pas contre le journaliste, mais c’est contre le journal Faits divers. Parce qu’il ne faut pas oublier que sur le plan pratique, sur le plan juridique, c’est le directeur du journal qui est responsable. Parce que face à un article, s’il n’a pas envie de le faire paraitre, il le met de côté. Mais dans ce cas de figure, il a décidé de publier l’article diffamant Mme Nyonda, il a décidé de la mettre à la première page, donc c’est le journal qui va payer. Maintenant, la demande est une chose et le tribunal appréciera le montant des dommages occasionnés.

Gabonactu. com  Concrètement, qu’est ce qui va se passer en France ?

Le procès en France va avoir lieu le vendredi 24 juin prochain. Nous avons choisi la voie la plus rapide, le référé civil. Ce qui nous intéresse plus c’est d’obtenir du tribunal la demande à Jonas Moulenda de publication sur sa page facebook de l’extrait de la décision du tribunal le condamnant.

En France, il y a deux procès différents. Le procès en France concerne les deux postes que Jonas Moulenda a mis en ligne sur sa page Facebook. Premièrement, le fait qu’il ait mis en ligne une vidéo pour dire « voilà la vidéo de celui qui accuse Mme Nyonda ». Son avocat ce matin n’a même pas fait allusion à cette vidéo parce qu’il ne la considère pas. Mais le fait que la vidéo soit lue par des milliers de personnes et l’image de Mme Nyonda soit ternie, nous pouce à engager la procédure.

Gabonactu. Com : Le deuxième procès ?

C’est parce que quand l’huissier de justice cherchait Jonas Moulenda en France pour lui délivrer l’assignation, M. Moulenda a publié un autre post sur sa page facebook pour dire « Mme Nyonda me recherche pour m’éliminer», « Elle a embauché des sbires à Paris pour m’éliminer». Donc, dans ce post il accuse Mme Nyonda implicitement de tentative d’assassinat. Cette deuxième procédure n’a rien à voir avec la procédure au Gabon, mais elle est là.

Et quand on regarde cette affaire de près, c’est comme une bière à deux bandes. On cherche ceux ou celle qui est caché derrière.  Il y a l’acharnement d’un journaliste qui n’est pas objectif et impartial. En plus, ici on a à faire à un journaliste professionnel et non un simple blogueur. Il réfléchit à ce qu’il écrit. Il se présente à la fois comme un homme politique, comme un réfugié, et les gens peuvent croire à ses écrits pour dire que c’est un procès politique. Et pourtant c’est un procès normal.

Et c’est normal dans ce genre de procès que la justice prenne le temps de réfléchir, mais le diffamateur lui il est rapide.

Donc, c’est à la justice de réparer l’honneur de Mme Nyonda souillé par Jonas Moulenda.

 

Propos recueillis par Le Notable

 

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